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Dans un récit bouleversant, SALEH SOULEYMANE ABDOULAYE, ancien policier tchadien né en 1970 à N’Djamena, revient sur plusieurs épisodes qu’il présente comme des violations graves des droits humains vécues au Tchad entre 2006 et 2022. Aujourd’hui réfugié aux États-Unis, cet homme porte encore les séquelles physiques et psychologiques d’un parcours marqué par la peur, la torture et le sentiment d’impuissance face aux abus.

Le premier événement remonte à janvier 2006. À cette époque, il servait au Commissariat central de N’Djamena lorsqu’un jeune vendeur ambulant, âgé d’environ 17 ans, s’y serait réfugié après avoir mortellement poignardé un officier de l’armée à la suite d’une altercation liée à un bon de crédit. Selon son témoignage, le jeune homme pensait trouver protection entre les mains de la police et espérait être présenté à la justice. Mais durant la nuit, des hommes armés, présentés comme des proches de la victime,ont fait irruption au commissariat à bord de plusieurs véhicules militaires avant d’emporter le suspect.
Le jeune sera ensuite exécuté extrajudiciairement. « Nous étions impuissants », confie l’ancien policier, encore marqué par cette scène qu’il considère comme une négation totale de l’État de droit. Profondément choqué par cet épisode, il quitté la police quelque temps plus tard, estimant ne plus pouvoir exercer un métier censé protéger les citoyens. Il va alors s’engager dans le milieu associatif à travers une organisation œuvrant pour le développement du Ouaddaï et la protection de l’environnement.
Mais en 2008, alors que les groupes rebelles marchaient sur N’Djamena, la situation aurait pris une tournure encore plus dramatique pour lui. Après le retrait des rebelles de la capitale, SALEH SOULEYMANE ABDOULAYE est arrêté en raison de ses origines communautaires supposées proches des mouvements rebelles. Il sera détenu et torturé pendant quinze jours par les services de renseignements. Depuis cette période, il souffre d’importants problèmes de santé et vit dans une grande fragilité physique.
L’ancien policier évoque également les événements survenus après la mort du président Idriss Déby Itno en avril 2021. Ayant réintégré la police nationale dans un contexte de réconciliation nationale, il fut affecté à Abéché. Cependant, le 24 janvier 2022, lors d’une manifestation, il affirme avoir reçu l’ordre de tirer sur des manifestants pacifiques. Refusant d’exécuter cet ordre qu’il jugeait illégal, il sera arrêté puis torturé durant près de vingt jours par ses supérieurs hiérarchiques. Sa libération, selon ses déclarations, à été obtenue grâce à l’intervention de certains proches et de hauts responsables militaires sollicités par sa famille.
Affaibli et craignant pour sa vie, il quitte finalement le Tchad le 24 mars 2022 pour les États-Unis, afin de trouver refuge et sécurité. Dans son témoignage, SALEH SOULEYMANE ABDOULAYE appelle à la fin des abus et des violences imputés aux services de sécurité. Malgré ses blessures et son exil, il assure garder l’espoir de contribuer un jour au développement de son pays, même si la peur d’y retourner demeure profondément ancrée en lui.
