
L’opération récemment menée par les États-Unis au Venezuela, ayant conduit à l’extraction du président en exercice, soulève des préoccupations majeures sur la stabilité et l’avenir des principes fondateurs du droit international contemporain.
Il apparaît que cette action, loin d’être improvisée, a bénéficié d’un travail d’influence en amont, facilité par certaines structures sécuritaires internes ayant prêté allégeance à l’intervention extérieure, sous couvert de liberté ou de démocratie.

Ce schéma d’appui local soulève des interrogations sur les mécanismes modernes de l’ingérence « légitimée ».
Si cette action se distingue par sa forme, elle n’est pas inédite sur le fond : d’autres puissances, dans l’histoire récente, ont recouru à des opérations similaires sous des justifications variées, parfois masquées par des narratifs stratégiques.

Or, cette intervention pourrait constituer un précédent dangereux, en ce qu’elle remet en question deux piliers centraux de la Charte des Nations Unies :
- L’article 2(1) : le principe de souveraineté et d’égalité souveraine des États,
- – L’article 2(4) : l’interdiction du recours à la force contre l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique d’un État.
Si de telles actions deviennent coutumières ou se trouvent justifiées a posteriori par la force des choses, elles risquent d’encourager d’autres puissances à invoquer des « intérêts supérieurs », des « interventions humanitaires » ou des « préventions sécuritaires » pour légitimer leurs propres actions unilatérales.
Quelques questions majeures s’imposent :
- Et si la Chine revendiquait une telle pratique comme jurisprudence politique ?
- Et si la Russie, au lendemain de ses opérations militaires, s’en inspirait pour justifier une politique de fait accompli ?
– Et si certaines puissances européennes faisaient évoluer la doctrine des « coups de libération » vers des interventions déguisées ?
Nous sommes peut-être à l’aube d’un réajustement implicite de l’ordre international, où le droit cède progressivement le pas à la diplomatie de puissance. À moins que les institutions compétentes notamment le Conseil de sécurité des Nations Unies n’interviennent clairement pour réaffirmer les règles du jeu et garantir la prévisibilité des relations internationales.
La question est posée. Le silence ne peut être une réponse.
Par Dr DJANGBEYE GUELNGAR Evariste, Diplomate
